marcel barang

FRANCE 2012

In French on 01/10/2012 at 12:48 am

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Deux choses m’ont d’emblée frappé au cours de ces trois semaines en France.

D’abord, au cœur de Paris comme au cœur de Toulouse, partout, en fait : le silence ! Une qualité rare de silence long en ouïe que mes oreilles épatées ont savouré comme un grand cru – malgré les travaux dans la maison d’à-côté : poisse tenace, moi qui sortais de réparations post-inondations assourdissantes chez pas moins de trois townhouses voisines : le m’as-tu-vu au budget millionnaire en baht à droite ; la femme du chef de la police locale qui dirige la loterie clandestine et transforme son pied-à-terre en tripot de jeux avec CCTV et portail intérieur anti-descente de flics à gauche ; et le quidam en rupture d’ouvriers au fond de l’impasse. Mais même les marteaux-piqueurs français ont des sourdines, et les voitures qui passent dans la rue sont des zéphires, give or take a few onboard ghetto blasters.

Je suis, hélas, d’une métropole où la moitié au moins de la population est dure de la feuille et point ne parle mais GUEULE POUR SE FAIRE ENTENDRE, « JE T’AIME, CHÉRIE ! », où même les quartiers résidentiels sont à toute heure soumis à des viols auditifs rédhibitoires. (Juste un exemple : ce matin, je me suis couché à 3h : « demain, c’est dimanche » ; l’abbé du monastère voisin nous a nonobstant réveillés tous autant que nous sommes dans un rayon d’un kilomètre à 6h ; le Bouddha aujourd’hui prêche en méga décibels ; le voisin de derrière a mis sa radio à fond ; pour une fois, j’ai applaudi et moi-même branché somafm à fond la caisse, non mais !)

Ensuite, au cœur de Paris comme au cœur de Toulouse, partout en fait : le ventre du ciel bleu ciel, tout uni, tout limpide, tout transparent, du jamais vu à Bangkok sous sa chape permanente de poussière, et où les étoiles, par nuit exceptionnellement claire, se comptent sur les doigts d’une main.

En ces jours de septembre, avant que le temps ne se gâte le jour même de mon départ, où pluie, froid et un embouteillage monstre inexpliqué aux abords de la Barrière de Paris m’ont failli faire rater l’avion du retour, quel plaisir ce fut de retrouver des sensations oubliées : la morsure du soleil chaud sur fond d’air frais, une omelette norvégienne ! D’aucuns passants s’étonnaient de voir ce vioque chaudement vêtu prendre son café et en griller une sur le pas de la porte dans une flaque de soleil, ou se hâler au coucher langoureux du soleil – tout en se remémorant cette amie férue de cinéma qui, il y a trente ans, sur une plage de Phuket se planta devant un crépuscule et pour finir me dit : « Pas mal, ton court-métrage ! ».

Français, sachez où le luxe authentique est, qui n’a pas cours aux antipodes.

Une autre chose qui m’a frappé, au cours de mes déplacements : pendant que j’avais le dos tourné, le réseau routier français – en fait, européen, maintenant que j’y pense, vu ce que j’ai vu du Giro, du Tour et de la Vuelta sur la toile – a attrapé la vérole : en ville comme en campagne, les croisements sont devenus des ronds-points. Fléchés. Tourniquecklisés. Paraît que c’est une Directive européenne.

À ce propos, je n’ai pas très bien compris les explications de mon frère, qui conduisait. On sait que les Français roulent du mauvais côté de la route, et que la priorité de tous temps sur les routes gauloises est à droite. Mais est-il vrai qu’en ces fameux ronds-points, la priorité est à gauche ? De quoi vous tourner en bourrique.

À propos de priorité, un truc qui m’a médusé, c’est ceci : un jour à Toulouse, au bord d’une artère passante que j’entendais traverser et, le nez en l’air, auscultais alarmé de droite comme de gauche, ne voilà-t-il pas qu’une voiture sur ma gauche arrivant à petite vitesse s’est immobilisée à dix mètres pour me laisser traverser ! Traversé, j’ai alors : manifestement, on n’était pas à Bangkok, où les passants slaloment entre bolides au quart de pare-chocs ! M’est venue l’idée que, s’il y a tellement d’accidents de voiture en France, et souvent mortels, en ce pays béni où les routes sont lisses et si bien huilées, si bien balisées que c’est un plaisir relax de conduire, c’est que cet excès de consignes et de prévenances imposées endort les conducteurs qui n’ont plus, en cas d’urgence, les réflexes spontanés des chauffards de Bangkok.

Ah, si seulement il y faisait température tropicale, qu’il y ferait bon vivre, en France (mais si, mais si, chers SDF, chers chômeurs, si cinq millions que vous soyez !) ! Je crois que je suis mûr pour la Martinique ou la Guadeloupe ou la Calédonie.

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