marcel barang

De fil en bobine

In English, French, Reading matters on 12/05/2011 at 8:09 pm

C’est curieux comme les choses s’enchaînent sur la toile. Cherchant midi à dix-sept heures vu le décollage horaire en été avec l’amère patrie, j’ai découvert tantôt, à partir du Babel de lyricstranslate.com, un groupe de métal hurlant qui massacre cruellement le poème archiconnu de Verlaine ‘Soleils couchants’ jadis sublimement goualé par Ferré,
ce qui m’a conduit à examiner par acquis d’inconscience le répertoire de Peste Noire,
ce qui m’a conduit au ‘Mort joyeux’, un poème de Baudelaire que j’ai sans doute oublié depuis le temps où les Fleurs du Mal étaient au programme de la maternelle,
ce qui m’a conduit à un site de traductions plurielles des poèmes dudit, fleursdumal.org,
ce qui m’a conduit par la bande à poesies.net,
ce qui m’a conduit en farfouille à Paul Valéry.
Et là, je suis tombé sur ‘La fileuse’, qui reste un de mes poèmes favoris appris par cœur il y a cinquante ans.

Cela m’a remis en mémoire tel épisode d’il y a plus d’un quart de siècle.
L’époque étant pour moi difficile, le journaliste freelance que j’étais avait accepté de cornaquer une équipe de télé française monolingue et bisexuelle en reportage dans le nord de la Thaïlande, que j’épatai bientôt par ma connaissance du hokkien et du hakka sans peine, vu qu’un polyglotte ventru du cru me les traduisait en thaï primaire.
Ce jour-là, nous visitions une filature de derrière les fa guo où trois douzaines de femmes tribales suaient leurs cotonnades à carder et filer à longueur d’ennui du coton exotique. Elles crapahutaient à même le sol dans un vaste hangar lugubre sur des métiers primaires et n’en revenaient pas dans leur candeur que des farangs s’intéressassent pour le quart d’heure à leurs cardeurs. D’humeur fumasse, j’ai clamé impromptu : « Assise la fileuse au bleu de la croisée… »
Je n’avais pas fini la strophe que l’homme de télé, se sentant peut-être visé, m’intimait : « Eh, ça va, on le sait que t’es de l’ENA !
— Moi, de l’ENA ? Pas du tout. De l’École normale de Toulouse seulement. »
Alors, ne m’en voulez pas s’il m’a pris la lubie aujourd’hui de traduire ce très controuvé texte beau comme une sucette au haschisch Parmentier de feu Valéry Ambroise Paul Toussaint Jules. Here goes.

La fileuse – Paul Valéry – 1920

The spinning lass

Assise, la fileuse au bleu de la croisée
Où le jardin mélodieux se dodeline;
Le rouet ancien qui ronfle l’a grisée.

Seated, the spinning lass at the windowsill blue
Where the melodious garden indolently nods.
The ancient spinning wheel that purrs got her drunken.

Lasse, ayant bu l’azur, de filer la câline
Chevelure, à ses doigts si faibles évasive,
Elle songe, et sa tête petite s’incline.

Weary, having imbibed the azure, of spinning the cuddly
Web of hair, to her so weak fingers evasive,
She daydreams and her little head forward leans.

Un arbuste et l’air pur font une source vive
Qui, suspendue au jour, délicieuse, arrose
De ses pertes de fleurs le jardin de l’oisive.

A shrub and pure air a vivid spring do make
Which, hanging to the day, delicious, waters
With its flower losses the idle lass’s garden.

Une tige, où le vent vagabond se repose,
Courbe le salut vain de sa grâce étoilée,
Dédiant magnifique, au vieux rouet, sa rose.

A stem, where the wandering wind rests,
Bows the vain greetings of its starred grace,
Dedicating, splendid, to the old spinning wheel, its rose.

Mais la dormeuse file une laine isolée;
Mystérieusement l’ombre frêle se tresse
Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.

But the sleeping lass spins wool of a kind.
Mysteriously the frail shadow weaves itself
Along her tapering fingers in sleep, complete.

Le songe se dévide avec une paresse
Angélique, et sans cesse, au doux fuseau crédule,
La chevelure ondule au gré de la caresse…

The daydream unwinds with angelic laziness,
And without surcease, on the soft credulous spindle,
The web of hair ripples as caresses dictate.

Derrière tant de fleurs, l’azur se dissimule,
Fileuse de feuillage et de lumière ceinte:
Tout le ciel vert se meurt. Le dernier arbre brûle.

Behind so many flowers the azure hides away,
Spinning lass girded with foliage and light:
The entire green sky is dying. The last tree burns.

Ta sœur, la grande rose où sourit une sainte,
Parfume ton front vague au vent de son haleine
Innocente, et tu crois languir… Tu es éteinte

Your sister, the tall rose window where a woman saint smiles,
Flavours your vague forehead with the wind
Of her innocent breath and you think you are pining…

Au bleu de la croisée où tu filais la laine.

You are extinct at the windowsill blue where you used to spin wool.

  1. Paul Valéry poète est magnifique! Il mérite la gloire d’un Baudelaire ou d’un Verlaine.

    Voici une fleur (Narcisse) et des fruits (Grenades)

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