marcel barang

Épanchements articulaires d’un correcteur

In French on 28/03/2011 at 11:11 pm

Corriger Gavroche tantôt, comme jadis Thai Day, ou tant d’autres textes en l’une ou l’autre langue, ou même en thaï parfois (moi qui suis nul en rédaction thaïe et ne sais pas taper ไทย), est un exercice stimulant – chiant, certes, à chercher la petite bête et ce foutu apostrophe droit qui est tellement plus beau courbe, mais jouissif aussi : on domine, on sait mieux que, on va leur montrer ce qu’on sait faire. Mais ce n’est pas sans mal.
Pour être utile, la correction doit reposer sur l’orgueil de la sapience et la modestie du doute textuel sinon existentiel. Ainsi que sur de bons outils de babil.
En français, l’aisance procède dans mon cas d’un apprentissage intensif de la langue dès le plus jeune âge hors du parler fruste des croquants ariégeois – et d’une pratique à hiatus : ces trente dernières années, j’ai plus souvent sévi en anglais que dans la langue de Tartuffe et presque exclusivement parlé anglais, thaï ou un précipité des deux. Ce fut au point que ma première longue traduction littéraire en français (Une Histoire ordinaire de Chart Korbjitti, parue hélas chez Picquier il y a cent cinquante ans – cherchez pas, c’est plus au catalogue depuis belle lurette), je l’ai entreprise en catastrophe because mon français se rouillait…
(Paraît que c’est encore le cas, foi d’Estelle et de Claire, qu’ont pas cessé de donner des leçons de français commun à Marcel – et d’écriture à Chart – lors de la mise en forme de Chiens fous.)
En anglais, cela procède d’un apprentissage et d’une pratique constants sur seulement un demi-siècle. Je veux dire que j’ai appris l’anglais à l’école, comme tout un chacune, et l’espagnol bientôt après. Un moment, Platero y yo me fut aussi limpide qu’Animal Farm. J’ai eu la chance d’enseignants exceptionnels à l’École normale de Toulouse. Le prof d’anglais, tignasse épouvantée, chicots nicotinisés à mort si bien que sa femme l’a quitté en cours de scolarité pour un gandin Gipps-dents-blanches, ou c’est du moins ce qui se disait dans les couloirs en ricanant, nous gavait de negro spirituals en cabine de langue. Le prof d’espagnol, un bedonnant gominé jovial au menton bleu à fossette, roulait les ‘r’ magnifiquement. Je leur dois beaucoup. Les hasards de la vie ont fait que de l’espagnol j’ai décroché : moi qui lisais Pérez Galdós et Garcia Lorca dans le texte avec autant de plaisir laborieux que Norman Mailer et Hemingway, je serais infoutu aujourd’hui de converser avec un chien andalou dans la rue.

Cette histoire aléatoire donne des reflexes différents : je me surprends à vérifier dix fois un texte en anglais quand deux lectures sur écran suffisent en français.
(Deux, pas une, c’est connu : l’autre jour encore – n’est-ce pas, Philippe ? –, pressé par le temps, j’ai raté une bonne demi-douzaine de péchés textuels évidents en seconde lecture tardive, et heureusement rattrapés. Ce qui laisse pourtant l’angoisse des fautes qu’une troisième lecture relèverait. Mais, outre que je ne suis pas payé pour ça – ni pour le reste de l’exercice, au demeurant, mais c’est là mon côté perfectionniste maso, pas la faute à l’esclavagiste qui s’échine à m’inviter à bouffer chérot pour se dédouaner – il faut une limite à tout, même au pinaillage, et le perfectionnisme, tout compte fait, pourrit la vie, qui me fait lire le journal ou même un prospectus stylobille au poing. C’est pour cela aussi que, de guerre lasse, je consens à des abominations linguistiques quand on m’assure, par exemple, qu’en couverture les dés faussés sont jetés ou que l’usage erroné en citation auguste implique ‘pas touche’ dans le reste du texte, foutus prosateurs d’ambassade ou ignares ministres qui souillez le verbe !)
Il y a, bien sûr, les fautes qui sautent aux yeux (ce sont toujours les fautes des autres, que l’on fait parfois soi-même sans les voir). Celles que relève désormais le correcteur de texte dans l’ordinateur, pas toujours fiable au demeurant. Et puis les cas douteux, ne serait-ce que d’un chouïa. Au moindre soupçon, il faut vérifier. Pour les mots de la langue ordinaire, le Hachette incorporé, bien sûr, or the Oxford in English. (On a les bibles que l’on peut, merci ma pauvre Gabrièle qui te retrouves aujourd’hui électroniquement nue à ton âge.) Pour les noms propres ou plutôt sales, Google est un fabuleux outil de correction, là encore à condition de savoir s’en servir : faut parfois faire preuve de sagacité pour séparer le bon grain du livré. Pour la ponctuation, faut aller voir chez les protes et apparentés.
Bref, ce n’est pas un passe-temps de tout repos. Ni dans mon cas de privilégié un gagne-pain. Mais virgule dans tout les cas virgule c’est une œuvre de salubrité publique point. Il y va de la santé d’une langue – je suis aussi intransigeant en français contre le franglais qu’en English contre le Frenglish, sauf que le sida de l’anglais de nos jours vient d’outre-Atlantique et que, dans les deux langues, les jeunots dans leur absence revendiquée d’éducation trouvent hip de faire dire à la langue le contraire de ce qu’elle a toujours dit. Mais ça, c’est un combat perdu d’avance, peuchère. Qu’on m’incinère et qu’on n’en glose plus. Yeah, right.

  1. Le dernier (ou presque) des Mohicants (Marcel, j’ai cherché via Google pour verifier l’orthographe de Mohicant…).

    Des Marcel, m’sieurs dames, y en a plus beaucoup pour defendre la belle langue, quel qu’en soit le labeur.. et la pitance (dico electronique pour le «a» de pitance (le «e» me plaisait bien pourtant).

    Que Gavroche te soit loué !

  2. Mais non, Philippe, c’est Mohicands (dérivé de ‘candides’, bien entendu). Cela dit, n’importe quel dico te dira ‘Mohicans’ (Google, c’est fourbe, et déconseillé aux red’chefs).
    Et ta réflexion me rappelle cette apostrophe publique, tout aussi fondée, de Kouchner il y a dix ans ou plus : “Marcel, t’es bien le dernier Marxiste de Bangkok !” Comme quoi…

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