marcel barang

Zakariya toujours

In English, Reading matters on 25/12/2010 at 1:17 am

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Décidément, Zakariya Amataya a fait florès – jusque dans la presse française : Courrier international, sans doute alerté par le New York Times, a reproduit dans son édition datée du 24 décembre l’article du Bangkok Post à lui consacré deux mois plus tôt. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Pour l’occasion, on m’a requis de traduire un de ses poèmes, pas n’importe lequel : celui ci-dessous. Quand on s’est aperçu qu’il ne figurait pas dans la plaquette couronnée par le SEA Write, eh bien le poème n’est pas paru, sinon sur le site courrierinternational.com.

Quelque part dans la péninsule malaise

1

Une rivière
Une montagne
Les étoiles
La nuit
Je regarde
La rivière
La montagne
Les étoiles
Qui lentement s’effacent dans le noir
Je ne vois même plus
Ma main
Et puis tout est ténèbres
Et puis tout est ténèbres

2

Quelque part dans la péninsule malaise
Une rivière
Une montagne
Les étoiles
Je sens le sang couler sans cesse
Un bras commence à s’engourdir
La douleur gagne le corps tout entier
Le pouls à présent ralentit
Comme contraint par la poigne du sort
Entre montagne et rivière
Entre mort et vie
Avec des pleurs et des rires tout du long

3

Quelque part dans la péninsule malaise
Une rivière
Une montagne
Les étoiles
Dans un silence total
J’entends la paix sangloter
Et pousser des cris qui retentissent
Le long de bien des routes
Autour du beffroi de la ville
Sur les tables du dîner
Dans les estaminets
Les mosquées et les monastères
Et pourtant… personne n’entend
C’est vrai, personne n’entend
Personne n’entend
Je vois le visage défait
Et les yeux cernés de la paix
Débordant de larmes de tristesse
Qui coulent et rejoignent la rivière

4

Quelque part dans la péninsule malaise
Une rivière
Une montagne
Les étoiles
J’essaie
Mais le sang ne cesse de couler
L’autre bras commence à s’ankyloser
La douleur broie le cœur
Tandis que des écorchures
Sont comme des jets d’eau rouge
Entaillées par un million de kriss

5

Quelque part dans la péninsule malaise
Une rivière
Une montagne
Les étoiles
Je sens que le sang a cessé de couler
Les battements de cœur partis avec le dernier souffle
Tandis que les yeux commencent à se voiler
Les visions dans la tête brillent
Je me revois jeunesse
Courant par monts et par vaux
Pour regarder cette rivière
Et ces étoiles brillantes

6

Quelque part dans la péninsule malaise
Une rivière
Une montagne
Les étoiles
J’entends des chants d’oiseaux
Et le rugissement de l’hélico par-dessus les arbres
Le rap rageur des balles
Et les explosions des bombes

7

Quelque part dans la péninsule malaise
Une rivière
Une montagne
Les étoiles… qui s’estompent
Et puis d’un coup bannies de ma mémoire

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