marcel barang

…et du thaï au français

In English, French, Reading matters on 03/06/2010 at 9:47 pm

 

Et voici la française, à partir d’une version thaïe plus récente légèrement « émondée » par l’auteur :

Balises

La mer à cette heure est d’un noir d’encre chiné. Au-dessus d’elle, le ciel n’est qu’un magma glauque de nuages de mousson. De violentes bourrasques poussent sans cesse averses et vagues vers le rivage. Une armée de vagues géantes menaçantes, en rangs serrés, sans arrêt déferlent, s’enroulent sur elles-mêmes aux abords du rivage et s’écrasent en un vacarme assourdissant. Les unes après les autres, en un grondement continu, les vagues se ruent vers la plage en un assaut incessant, comme pour la forcer à reculer. Mais la plage, placide, tient bon et, loin de reculer, renvoie l’eau d’où elle vient. Les unes après les autres, les vagues doivent refluer vers le large à la façon des vaincus, laissant seulement un peu d’écume blanche sur le sable en signe de défaite, mais de nouvelles vagues montent à l’assaut, inlassablement.
Le soleil à cette heure se voile la face, comme s’il ne voulait rien savoir de ce qui se passe.
Pas la moindre âme humaine en vue sur la longue étendue de sable jonchée de bois flotté, de filets en lambeaux, de sacs en plastique, de poissons pourrissants et de quantités d’autres déchets que la mer a balayés et jetés sur le sable comme pour dire à la plage qu’elle ne veut pas de ces ordures.
Trois ou quatre chiens de race indigène tournicotent sur la plage en quête de nourriture, sans se laisser démonter par le déluge ambiant. Le plus petit d’entre eux ronge une tête de poisson tout en montrant les dents aux plus grands qui, l’œil torve et le nez frémissant, s’approchent à pas de chiens, et bientôt une guerre éclate sous la pluie battante.
Très en retrait de la plage, des rangées de cocotiers luxuriants ploient, terrorisés par la force du vent, comme s’ils luttaient à la limite de leurs forces pour survivre à la mousson en attendant la prochaine saison chaude, quand ils se dresseront, fiers et robustes, remuant seulement le bout de leurs palmes pour faire joujou avec la brise.
Entre les cocotiers, une hutte est nichée dans le giron de la colline. On dirait qu’elle essaie de passer inaperçue, mais le vent et la pluie s’acharnent. Par moments, son toit de chaume se soulève et retombe sur un coup de vent.
Un chemin en latérite reliant la route à la plage coupe au travers des longues rangées de cocotiers qui cernent le rivage. À la saison chaude, ce chemin fourmille de gens de toutes nationalités, mais à présent seule la pluie le fréquente.
À un croisement en haut du chemin de la plage se tient un appentis de bonne taille transformé en restaurant. Seule la cuisine à l’arrière est murée. Le chaume de la toiture est recouvert d’un filet de pêche pour le protéger du vent. Le plancher du restaurant est légèrement surélevé par rapport au chemin et le côté exposé à la pluie est entièrement tendu d’une épaisse bâche d’un vert terne que le vent fait claquer puissamment.
Légèrement en retrait du restaurant se trouve une échoppe, une boutique de souvenirs pour touristes, si sommairement construite qu’elle ressemble plutôt à une simple hutte. Dans la cour en latérite sur le devant, une motocyclette antédiluvienne, de guingois sur sa béquille, prend un bain de déluge. Sa peinture est si écaillée qu’il ne reste guère trace du rouge originel.

PS: I’ll busy myself for the rest of the week and some of the next, I expect, with a (pre) final smoothing of the 350 000 words of Four Reigns in English.

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