marcel barang

Aperçus de l’air du temps

In French on 02/05/2010 at 10:41 pm

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Aujourd’hui, j’ai parlé politique avec deux voisines qui ne se parlent pas. À des heures différentes, bien évidemment.

L’une est une ex-ballerine fluette au fondement en expansion mais aux guiboles encore belles (elle vit en short et T-shirt), qui, avec ma bénédiction, tous les jeudis, pour les offrir aux bonzes, pille les fleurs rouge vif de l’écran vert de ma clôture sur le devant. Elle est en ménage avec un gentil employé de bureau à cheveux blancs prématurés pour sa cinquantaine ; sa plantureuse grande sœur à moustache qui vit dans le quartier vient, quand elle n’est pas alitée vu ses ennuis ovariens, faire son ménage ; et sa fille d’un précédent lit, sourcils broussailleux et nez crochu du papa que jamais je n’ai vu, lui rend visite parfois pour une nuit ou deux, ce que je sais par la voiture nickel garée devant chez elle. Il m’arrive parfois de l’aider à tailler le bosquet devant sa porte et de lui rendre d’autres menus services. C’est assez dire que je l’ai apprivoisée : il y a huit ans peut-être, elle me fit dire par des tiers que de me voir lire le journal en terrasse en slip et maillot de corps au petit-déjeuner la mettait mal à l’aise. À quoi je fis valoir que l’obscénité est dans l’œil du voyeur. Depuis, par souci de bon voisinage, je me suis converti au pâkamâ (le sarong thaï) et, quand il fait vraiment torride, exhibe mes pectoraux un tantinet graisseux, ce qui m’angoisse un peu mais à quoi nulle Thaïe ne saurait objecter vu que ça fait partie des mœurs (et qu’il y a moins d’un siècle, les femmes thaïes elles-mêmes vivaient seins nus, alléluia). Elle fut naguère vaguement sympathisante des chemises jaunes azimutées Chart, Satsana lè Pra Maha Kassat (Nation, Religion et Royauté). Comme je lui rapportais les rumeurs insistantes selon lesquelles l’ancien premier ministre Thaksin, bête noire desdites, n’était plus de ce monde ou alors suivait un traitement radical pour son cancer à la prostate au stade terminal

[J’interromps ce récit à l’instant pour dire qu’une journaliste de The Nation vient de parler au ci-devant défunt au téléphone pendant un quart d’heure – the proof of the living is in the chatting.]

, elle m’expliqua qu’il n’en était rien, que si ses enfants s’étaient soudain envolés pour Hong Kong tous de noir vêtus c’était pour obtenir la nationalité monténégrine comme leur papa, et que si celui-ci voyageait autant c’était parce qu’on voulait le descendre (touk kép). Comment savait-elle tout cela ? Elle a coupé court en disant d’un air dégoûté : « La politique ne m’intéresse pas. La seule chose que je sais, c’est que le gouvernement tue des Thaïs. » Je me suis éloigné sans offrir la réplique qui me brûlait la langue.

L’autre est cette frêle ombre – ni seins ni hanches, un minois morne sous une presque brosse – qui tremble aux assauts sonores de son violoneux de voisin. Elle aussi a une fille du même âge que l’autre, et qui lui rend visite parfois, mais point de concubin. Il y a de cela bien longtemps, frais établi à demeure, j’avais pris langue avec elle comme avec tout un chacun dans l’impasse, et elle m’avait tout de suite caressé le bras, ce qui, marié que j’étais, et fidèle, même à distance, n’eut point l’heur de me plaire, pas plus que sa silhouette. En dix ans, nous nous sommes parlé peut-être dix fois. Je ne sais donc pas grand-chose d’elle, sinon qu’elle est sino-thaïe, hait le bruit, vit chichement, sauf qu’elle entre et sort en voiture à l’heure des repas, et, depuis plus de deux mois, fait faire des travaux chez elle : elle a fait repeindre la façade, refaire la toiture du garage et (m’a-t-elle dit hier) murer la cour à l’arrière. La conversation cette fois fut incidente, longue, et révélatrice. D’emblée, affligé d’une télé souffreteuse comme on sait, je l’interrogeai sur son antenne parabolique et appris que True, pour une somme raisonnable, vous offre le choix de septante chaînes. Fichtre ! S’en suivit une dérive sur les aléas du temps et l’impéritie des Thaïs, la supériorité des farangs qui respectent autrui et la loi – ah, hum – et la barbarie des chemises rouges, le manque de poigne de ce brave bougre d’Aphisit – d’ailleurs, elle allait appeler son député démocrate pour lui suggérer de… J’ai battu en retraite en plaidant que c’était l’heure des news.

Une autre fois je vous dirai ce qu’il en est de mes nouveaux voisins : la townhouse juste en face de la sienne, déserte ces derniers mois, après avoir accueilli brièvement des échantillons hauts en couleur de la gent caucasienne – un Ducon-la-joie qui brutalisait sa pute de Patpong ; un jeune Américain long comme un jour sans pain énamouré d’une naine dodue de bonne famille ; un motard pédé pétaradant – s’est soudain peuplée avant-hier de jeunes Thaïs photogéniques.

  1. If only more than 65 people could hear about this!

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