marcel barang

Coming of age (1)

In French, Reading matters on 29/10/2009 at 11:50 pm

 

It’s been five days since my last posting, five days of overwork over trivial matters, five days of agoragitation that leaves me drained, for the sake of that wonderful website of mine and its warts and glitches, and now that some of these efforts are bringing dozens of new visitors to this blog on top of the regular fans, I’m well aware it’s time to post something new but I just don’t have the energy to come up with a new rambling. So I dug deep into my writings of yore. And since I laughed off Daniel’s question over there at absolutelybangkok.com about planning to write the coming-of-age novel every geriatric pen pusher feels obliged to impose on the world to justify his non-life and pay for the gravedigger, it behoves me to come clean and present, in instalments, the one I started, maybe ten years ago, and then gave up as too boring to write. So brace yourselves and bear with me, folks: it’s in French.

Que la lumière soit.

Et la lumière fuse.

Tout est lumière, une orgie de lumière surgie du néant éternel.

Il y a eu un grondement différent, un tremblement différent en bas et voici que de toutes parts s’impose la lumière, la lumière bleutée du ciel illimité et de la mer étale où glissent des fétus de couleurs gaies aux traînes aveuglantes et, au gré du fracas sous moi, dans cette dérive azurée, il n’y a plus que la sensation sublime de flotter et bientôt l’envie jubilatoire irrésistible de voler et la certitude confuse de savoir que je peux.

Bienvenue au monde.

C’est en cet instant que je nais.

Je n’ai pas deux ans aux archives du siècle.

J’écris ces mots et n’arrive pas à m’y faire : toute ma vie, j’ai cru que ce souvenir primordial datait comme il est naturel chez le petit d’homme de la quatrième ou cinquième année.

Mais j’ai pris des notes ce jour-là, le jour où, la quarantaine entamée, ayant pris femme aux antipodes, au gré d’une rare visite en France, j’ai entendu mon géniteur me restituer un peu de cette histoire de la famille et de ma prime enfance qu’il a tant fait toute sa vie pour passer sous silence comme une tare, comme une honte, comme une malédiction – les siennes et, par voie de conséquence, les nôtres, ses rejetons et leur preuve par 9.

En journaliste que j’étais, j’ai pris des notes. Et les notes sont formelles : le seul moment où j’ai pu naître à la lumière, ce fut un jour d’avril 1947 où mon frère et moi avons pris le train à Toulouse pour aller vivre un temps chez une tante à Toulon. Ce train en fin de course a ralenti pour traverser l’étang de Berre et son miracle de ciel et de mer où évoluent des bateaux de plaisance, ces bribes de couleurs gaies filant dans la lumière universelle qui m’extirpe de la nuit des temps dans un grabuge de roues et d’essieux chahutés. Si j’en crois mon passeport, je suis né en juin 1945. J’avais donc vingt-et-un mois ; Jean-Pierre, cinq.

Il est d’autres souvenirs qui, indirectement, confirment ce précoce éveil au monde ; ceux dont je me souviens comme ces quelques aventures qu’à force de les entendre rabâcher j’ai presque fini par faire miennes. Ainsi de l’anecdote célèbre dans la chronique non tenue de cette non-famille qui voudrait que, bambin échappant à quelque jupon, j’ai traversé la rue au trot et un camion m’est passé dessus sans que dommage ou traumatisme s’en suive. De cet épisode miraculeux je n’ai pas le moindre début de souvenir, pas plus que de la fois, mais où ? mais quand ? où la folle du logis a pris ses deux aînés chacun sous un bras et entrepris de sauter par la fenêtre. Mais j’imagine sans peine cette scène-là et ne puis m’empêcher de penser que c’est à cette défenestration manquée que je dois la phobie des hauteurs de toute une vie, au point que même la photo d’un immeuble en contre-plongée dans quelque périodique me donne des sueurs froides et l’envie de vomir mes tripes : pas plus tard que l’autre jour, tandis que je grillais une cigarette sur le trottoir entre deux séances de shopping obligé, j’ai vu, presque au sommet de la tour Baï-yok, qui fut la plus haute du monde dans les années 1990, deux fourmis humaines descendre en rappel pour faire les vitres, et j’ai dû bien vite détourner le regard, pris de tournis.

«  Ta tante Germaine tenait un bar à Toulon… »

Mais déblayons le terrain : dans la vie réelle, celle que j’ai menée et dont je me souviens, je n’ai jamais eu ni tantes ni oncles ni nièces ni cousins ni mère, à franchement parler ; je veux dire des vrais, même si tante et oncle et cousin et nièce et marâtre ont tenu un rôle essentiel : c’étaient des faux parents, non sanctifiés par les liens du mariage (cela fait trois générations que dans cette famille on concubine de père en fils pour des raisons diverses qui, au fond, sont les mêmes), mais plus vrais que les vrais, car ils étaient en chair et en os, eux, en coups de gueule et cris de cœur et rires complices, eux, alors que les autres… Les autres tout bonnement n’existaient pas. Ma mère, cela fait plus d’un demi-siècle qu’elle est folle et sous clef, donc nulle et non avenue, tout comme toute la famille du côté de ma mère est absente outremer, donc tout autant nulle non avenue.

Le silence sur ces absents, il serait faux d’affirmer qu’il a été total (d’ailleurs j’ai rendu visite à ma mère quelques fois aux alentours de ma douzième ou treizième année) mais les bribes de confidence consenties étaient un plus sûr garant d’indifférence à terme que le mutisme.

Il y a donc en 1988 cette scène unique, dans la cuisine/salle à manger/salon de toujours, d’un presque octogénaire qui, en présence de sa compagne plus âgée encore, s’avise qu’il est temps d’instruire ses deux fils dans la fleur de l’âge de ce que fut leur préhistoire. Tout en prenant des notes, je traduis au fur et à mesure l’essentiel pour la femme que j’aime et qui est thaïe et anglophone aussi mais ne sait du français que bongjourkomangtalévou, changzélizé, pétifourg et jangponbenmongdo.

On est assis autour de la table rectangulaire à la toile cirée usée à carreaux sertie de lattes de bois clair. Il fait buste à un bout ; je tiens l’autre. Au mur dont le papier à rayures date de la fin des années soixante, il y a toujours, près de la fenêtre latérale entrebâillée au store laminé de soleil, l’éphéméride pentecôtiste dont il arrache une page chaque matin pour lire le verset biblique du jour. Depuis trente ans, depuis quarante ans, chaque jour que pour lui seul Dieu fait. Sur la cheminée sans âtre au-dessus des fourneaux et de l’évier, il y a toujours les hautes douilles cuivrées briquées poncées d’obus datant paraît-il de la guerre de Quatorze, plus un chandelier juif incongru dont je n’ai pas le souvenir : signe d’œcuménisme sur le tard ? Le four à micro-ondes dans un coin et la télé dans mon dos sont d’acquisition récente, et pièces à conviction : le four trahit la vieillesse de la compagne, qui ne peut plus passer des heures à mitonner les petits plats où pourtant elle excelle ; quant à la télé, c’est un parjure : de tous temps cette invention du Diable a été interdite de séjour ici. « Depuis qu’ils l’ont achetée, ils bougent pas de devant », m’a dit mon frère, innocemment.

Qu’est-ce qui ouvre la vanne, je ne sais plus, mais c’est ainsi que ça commence :

« Bien entendu, je n’ai jamais aimé votre mère. »

Bien entendu.

Mon frère sur ma gauche ne bronche pas.

Nous dévisageant un à un pour juger de l’effet produit, il embraye…

Mais qu’est-ce que je suis en train de faire ? Me voici parti à le raconter lui, alors que c’est de ma vie qu’il s’agit. Encore une fois, il occupe toute la place. Incontournable. Et je n’existerais pas sans lui ?

D’une certaine façon, non, assurément. La tante Germaine à Toulon attendra.

Et lui aussi, d’ailleurs.

Car s’il faut remonter aux origines, eh bien les origines, en ce qui me concerne, c’est pépé, son père à lui, l’homme qui nous a élevés, mon frère et moi, et qui fut mon vrai père.

Certes, un jour, le géniteur en mal de racines a bien voulu dire que ses recherches montraient que la famille était originaire des Hautes-Pyrénées où quelque aïeul avait taillé carrière, mais je n’écoutais que d’une oreille : que cette partie de la tribu soit descendue de la montagne comme l’homme du singe est le cadet de mes soucis.

Mes soucis commencent avec moi, commencent à Verniolle, ce hameau de l’Ariège moche plate où je suis né, commencent dans cette ferme à l’orée du village que pépé a bâtie.

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