marcel barang

Avis aux citoyens français

In French on 10/10/2009 at 2:20 pm

 

Renseignements pris, il appert que la politique consulaire en vigueur à Bangkok consiste à concentrer l’obtention des visas sur le blockhaus de Sathorn (aux prestations téléphoniques notoirement déficientes : chers amis étrangers, armez-vous de patience ; la France se mérite, n’est-ce pas). Pour tout autre service consulaire (y compris les problèmes de visa du genre de celui que Chart Korbjitti est appelé à connaître volens nolens ces jours-ci), prière de s’adresser à l’ambassade de France, où œuvrent les autorités consulaires au service des concitoyens (j’adore ce mot-valise).

Vous le saviez ? Moi pas.

J’ai suggéré à Gavroche, l’influent mensuel francophone régional, de mettre un encart permanent à cet effet dans ses pages. La moindre des choses était d’en faire état ici.

Cela dit, une visite au blockhaus n’est pas sans intérêt. C’est aussi charmant qu’un passage à l’ambassade, où les pulsions d’insécurité sont les mêmes.

Au portail de l’Alliance française, dans l’enceinte de laquelle le service visa du consulat occupe un coin, deux gendarmes français se morfondent, leur principale distraction consistant, semble-t-il, à passer un « renifleur de bombes » sous toute voiture se présentant à l’entrée.

Tout de suite à droite, devant le blockhaus, un préposé thaï d’apparence nonagénaire et manifestement terrorisé à l’idée de commettre une boulette, consulte une longue liste cabalistique pour retrouver le « chiffre de passe » sans lequel le(s) visiteur(s) du vendredi 9 octobre à 11h30 pétantes ne saurai(en)t avoir accès au saint des saints.

On passe une porte-radar électronique (qui ne couine pas – branchée ? pas branchée ?) avant d’entrer dans le sas (double porte blindée à déclenchement occulte) qui permet d’accéder au sépulcre : une vaste salle avec des bancs au fond et, sur un côté, une rangée de trois ou quatre guichets où, derrière une vitre (à l’épreuve des balles ?), opèrent autant de préposé(e)s.

L’examen du dossier prend une vingtaine de minutes et se passe calmement et plaisamment.

Le reste, je l’ai dit dans le poste précédent.

Quand on y réfléchit, le luxe de précautions sécuritaires (tardivement post-9/11 ?) dont tout ceci témoigne est terriblement insuffisant, donc dangereux à terme : soit, je n’ai pas une tête de terroriste (aux caractéristiques universellement reconnues, comme on sait, sous la rubrique « délit de sale gueule »), mais personne ne m’a demandé qui j’étais – oubliez tout ce que je viens d’écrire : je suis entré là-dedans comme dans un moulin. Ni Chart ni moi n’avons subi l’indispensable fouille au corps qui aurait révélé les pains de plastic sous les aisselles, les détonateurs dans les ceintures et les fumigènes dans les godasses dont nous aurions pu être bardés…

Ceci me rappelle la fouille au corps subie lors de mon plus récent débarquement en France, il y a trois ans et demi, au même titre que les autres passagers : une grande première dans ma vie de bon citoyen expatrié qui a passé un quart de siècle à sillonner le globe en tant que reporter sans que jamais personne ne le tripote. Le colosse qui me palpait de cap en pied s’est ingénié à épargner mes poches (et mon sexe) bourrées pourtant de devises qui auraient aussi bien pu être des sachets de drogue ou de nitroglycérine. Bref : une simagrée désagréable, importune, inefficace et dangereuse in fine.

Et je ne dirai rien des malabars armés de mitraillettes et flanqués de clébards qui traquaient l’insécurité parmi la foule des voyageurs – toute première image de la France qui a profondément choqué ma fille, laquelle sortait de son Bangkok natal où par dizaines de milliers les « chemises jaunes » tenaient depuis des mois le haut du pavé et se payaient du bon temps sans chiens ni armes de guerre alentour.

Cela dit, dans la logique sécuritaire qui prévaut désormais, viendra le jour où, pour prendre l’avion, on nous fera tous mettre buste en avant et jambes écartées pour vérification des orifices. Permettra-t-on aux victimes d’hémorroïdes et de cancer de la prostate d’embarquer ? Question à débattre au Parlement européen. Sans parler du décompte des dents creuses ou à couronnes aurifères avec attestation certifiée conforme (et dûment traduite en français par traducteur assermenté) du dentiste traitant.

Voyons à présent ce que nous réservent les prévenances de la gent sécuritaire lors de ce fameux pèlerinage en doulce France, « mère des arts, des armes et des lois », dans les jours qui viennent.

  1. tellement vrai !

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