marcel barang

The Mad Fiddler

In French, Reading matters on 05/10/2009 at 10:29 pm

 

PessoaIl y a fort longtemps, au début des années 90, quelqu’un me fit don d’un recueil bilingue anglais-français de textes anglais, poèmes et essais, de Fernando Pessoa, Christian Bourgois Editeur, 1992. J’ai trouvé la traduction française débile, et griffonné in petto la mienne à l’encre rouge dans les larges marges, du moins pour un de ses meilleurs poèmes, qui ouvre au demeurant le livre, ‘The Mad Fiddler’, banalisé par une clique de trois ou quatre tâcherons des lettres en ‘Le Violon enchanté’ – et le reste à l’avenant.

Retrouvant le bouquin tantôt, je m’aperçois que j’ai d’un trait rageur barré des pages entières, mis en marge des points d’exclamation en regard de contresens patents, mais aussi parfois souligné des formules heureuses auxquelles je n’aurais pas pensé, assorties de la mention « good ».

Pessoa fut un de ces êtres improbables sortis tout droit des pages de Kafka et de Courteline : un rond-de-cuir portugais polyglotte, juif bien sûr, qui sévit de la plume sous trente-six pseudonymes, tantôt en anglais, tantôt en portugais, et vécut chichement. Mais quel talent, peuchère !

Jugez sur pièce. Je ne vous inflige pas la version française imprimée, mais ma traduction suit.

The mad fiddler

Not from the northern road,
Not from the southern way,
First his wild music flowed
Into the village that day.

He suddenly was in the lane,
The people came out to hear,
He suddenly went, and in vain
Their hopes wished him to appear.

His music strange did fret
Each heart to wish ’twas free.
It was not a melody, yet
It was not no melody.

Somewhere far away,
Somewhere far outside
Being forced to live, they
Felt this tune replied.

Replied to that longing
All have in their breasts,
The lost sense belonging
To forgotten quests.

The happy wife now knew
That she had married ill,
The glad fond lover grew
Weary of loving still,

The maid and boy felt glad
That they had dreaming only,
The lone hearts that were sad
Felt somewhere less lonely.

In each soul woke the flower
Whose touch leaves earth-less dust,
The soul’s husband’s first hour,
The thing completing us,

The shadow that comes to bless
From kissed depths unexpressed,
The luminous restlessness
That is better than rest.

As he came, he went.
They felt him but half-be.
Then he was quietly blent
With silence and memory.

Sleep left again their laughter,
Their tranced hope ceased to last,
And but a small time after
They knew not he had passed.

Yet when the sorrow of living,
Because life is not willed,
Comes back in dreams’ hours, giving
A sense of life being chilled,

Suddenly each remembers –
It glows like a coming moon
On where their dream-life embers –
The mad fiddler’s tune.

Le violoneux fou

Ni de la route du nord
Ni de la voie du sud venue
D’emblée sa musique sauvage
Ce jour-là inonda le village

Il fut soudain dans l’allée
Les gens sortirent l’entendre
Et soudain s’en fut, et en vain
Leurs vœux le voulaient présent

Son étrange musique avait inquiété
Chaque cœur du désir d’être libre
Ce n’était pas une mélodie
Ni pour autant absence de mélodie

Quelque part très loin
En quelque lointain au-delà
Étant tenus de vivre, ils
Sentirent cet air répondre

Répondre à cette nostalgie
Que tous ont dans le cœur
Le sentiment perdu qui relève
Des quêtes oubliées

Lors l’épouse comblée sut
Qu’elle s’était mal mariée
L’amant heureux et tendre fut
Las d’encore aimer

La petite et le gosse se réjouirent
De n’avoir que songes eu
Les cœurs esseulés si tristes
Se sentirent par ailleurs moins seuls

En chaque âme s’éveilla la fleur
Qui laisse au toucher poussière immatérielle
La première heure du conjoint de l’âme
Ce qui nous rend complets

L’ombre qui survient pour bénir
Depuis des abîmes non-dits embrassés
L’intranquillité lumineuse
Préférable au repos

Comme il était venu il s’en fut
Ils l’avaient perçu, bien qu’à demi
Puis il fut insensiblement relégué
Au silence et à la mémoire

Le sommeil à nouveau déserta leurs rires
Leur espoir en transe cessa de durer
Et un bref instant plus tard
Plus ne surent qu’il était venu

Mais quand le tourment de vivre
La vie n’étant pas voulue
Revient à l’heure des rêves, porteuse
D’une impression de vie transie

Soudain chacun se rappelle –
Elle luit comme lune se lève
Là où leur vie-rêve brasille –
La ritournelle du violoneux fou

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