marcel barang

Insomnies

In French on 03/09/2009 at 10:17 am

fighting-cats 

Il suffit de deux chats ennemis à six heures du mat’ pour écourter vos nuits. Ils étaient juste de l’autre côté de la porte, un noir, un gris, museau à museau, dos arqués, queues électriques, hurlant comme des possédés. Un jet d’eau les a fait déguerpir. Mais pas moyen de se rendormir, même après seulement quatre heures de sommeil : c’est que les coqs dans le terrain vague derrière menaient fanfare comme à l’accoutumée. Au premier chant du coq : les gens qui répètent ce cliché mensonger n’ont jamais vécu à la campagne. C’est au moins trois fois par nuit que ces maudits volatiles s’égosillent, vers minuit et passé quatre heures du mat. C’est vrai qu’ils en mettent un coup à l’aube (il est huit heures, il bruine, et ils continuent de piauler à répons à rythme soutenu). Depuis qu’ils savent que la grippe aviaire n’est plus de saison, ils ne se sentent plus. D’ailleurs, depuis deux samedis, les combats de coq ont repris : je le sais par les éructations humaines qui montent de derrière les murs. Ça, ou quelque match de foot ou de boxe à la télé : mêmes borborygmes.

Le terrain vague de derrière, comme le pâté de maisons où je campe, était il y a un quart de siècle un verger. Nivelé, et pourvu d’un mur d’enceinte, il a été peu à peu colonisé. Dame, son propriétaire vit à Singapour. Les premières années, deux ou trois bicoques (bois et tôle ondulée) ont germiné, l’une quasiment en regard de ma cuisine. Y vivait un flic ivrogne du nom de Somkit qui tabassait sa femme chaque soir et la traînait au sol par les cheveux, jusqu’au jour où elle a pris un couteau…  Ils ont bientôt déménagé. D’autres sont arrivés. A présent, une bonne moitié du terrain est occupée, deux douzaines de baraques contigües, chacune montée en quelques heures, autour de ce qui est devenu une fabrique de meubles, prospère à l’évidence : camions, voitures, va-et-vient perpétuels. Electricité, eau courante. Et coqs de combat sous leurs cloches en bambou. De cette menuiserie s’élèvent quotidiennement rapsodies de scies et bouffées de fluor – et le brûlage des ordures (sacs plastiques et tout) embaume aussi le quartier au moins une fois par semaine.

Chaque jour, juste au-delà du muret, deux couples se relaient pour accrocher sur une longue tige de bambou leur linge de corps sur portemanteaux, et le retirer prestement dès qu’il pleut. Exercice souvent tri-quotidien ces jours-ci.

Car pour pleuvoir, il pleut. Avant-hier fut une autre nuit écourtée : à cinq heures et demie du matin, toute l’eau du ciel s’est déversée en un vacarme que même les coqs n’ont pas réussi à percer. Cela a duré jusqu’à huit heures, pour encore deux heures de pluie « à l’anglaise ». Soleil infernal par la suite, pour mieux préparer l’orage du soir : une orgie son et lumière qui m’a persuadé de débrancher l’ordinateur alors que je m’apprêtais à bloguer. Heure délicieuse en mezzanine livre en main avec la foudre tout autour, qui a frappé tout près et les plombs n’ont même pas sauté.

Et les mecs dans le terrain vague, alors ? Vacarme et fuites d’eau : le lendemain, un gars doublait un toit de tôle d’une immense bâche qu’il a ensuite taillée sur mesure et lestée de madriers.

Ce terrain vague est une de mes inquiétudes : au rythme où vont les choses par ici, un de ces jours tout ce beau monde se fera expulser (comme la communauté de taudis plus haut dans la rue au prétexte de la construction imminente d’un dortoir pour l’hôpital voisin ; la zone rasée s’est recouverte en deux ans d’arbres qui ont à présent trois à quatre mètres de haut) et surgira alors un monstre de dix ou vingt étages qui me fera de l’ombre et me privera de la brise riveraine qui rend supportable l’insupportable canicule.

Alors, puanteurs, névralgies menuisières et cocoricos sont autant de pis-aller. Et d’ailleurs, je n’en peux mais.

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